dimanche 10 février 2019

PETIT BONHEUR DU QUOTIDIEN N°26


Se lever en douce, sans faire de bruit. Préparer la cafetière pour un café qu'on ne boira pas. Sortir la tasse, la cuillère, le sucre. Ecrire un mot et le laisser en évidence sur la table de la cuisine. Quitter son appartement et vivre sa vie artistique du samedi matin. Revenir quelques heures plus tard ornée de beau. Voir la cafetière vide, la tasse qui sèche à côté de l'évier et un autre mot que le sien sur la table. Se coucher et finir sa nuit au milieu de l'après-midi. Dans la chaleur d'un homme qu'on ne reverra jamais.

mercredi 12 décembre 2018

L'AUDONIENNE A LU OU ENTENDU N°3



"Je n'oserais jamais me jeter toute crue dans un livre. Ne plus prendre de distance. Me compromettre ? Non. Cette idée m'effrayait.
[...]
Il me semblait que, du jour où je la nourrirais de ma propre substance, la littérature deviendrait quelque chose d'aussi grave que l'amour et la mort."

Simone de Beauvoir dans La Force de l'Âge.

jeudi 6 décembre 2018

PAR COEUR



Flaque de chagrin sur le parquet. Nuée de psychotropes dans le lit. Carcasse automate dans la ville. S'éloigner du mur que l'on a soi-même construit et derrière lequel s'épanouissent encore des fleurs. L'âme embuée et le corps découragé comme seuls partenaires pour affronter l'hiver.

Entrer dans un théâtre. Apprendre par coeur le sonnet 30 de William Shakespeare.

"Quand je fais comparoir les images passées
Au tribunal muet des songes recueillis,
Je soupire au défaut des défuntes pensées,
Pleurant de nouveaux pleurs les jours trop tôt cueillis.
Des larmes oublieux, mon oeil alors se noie
Pour les amis célés dans la nuit de la mort,
Rouvre le deuil de l'amour morte et s'apitoie
Au réveil sépulcral des intimes remords.
Je souffre au dur retour des tortures souffertes,
Je compte d'un doigt las, de douleur en douleur,
Le total accablant des blessures rouvertes
Et j'acquitte à nouveau ma dette de malheur.
Mais alors si mon âme, Ami, vers toi se lève
Tout mon or se retrouve et tout mon deuil s'achève."

Être quelques minutes pour quelques personnes Cândida, la Velha Senhora et Nadejda. De vieilles femmes qui espèrent et luttent. 
Rentrer chez soi, décorée de l'intérieur et planter les graines pour un nouveau jardin.

mardi 27 mars 2018

L'AUDONNIENNE A LU OU ENTENDU N°2


"Malgré tout, je garderais un excellent souvenir de vous."

lundi 6 novembre 2017

REVENIR D'UN VOYAGE D'AFFAIRES


Un voyage d'affaires dans une réserve sud africaine.
D'affaires, il n'y a que le nom pour le contrôle aux aéroports. De la mallette, j'avais un cahier oxford A4 et un bic 4 couleurs. Du costume trois pièces, des robes légères et des baskets poussiéreuses. De la rolex, un chronomètre orange à simple affichage.
Quelques jours à travailler loin de Paris, sous la chaleur du printemps austral, à parler anglais. Des fois. Un tournage telle une joyeuse colonie de vacances avec des inconnus, comme lorsque j'étais enfant. Il fallait découvrir le lieu, les gens, les codes. Les inconnus ont ceci de formidable qu'ils ne me connaissent pas. Ils ont donc la délicatesse de ne pas me demander des nouvelles de mon amoureux. Le seul sujet qui les intéressent - ils ont tous plus de 30 ans - ce sont les enfants. Combien garçon ou fille quel âge. POINT. Ils s'étendent après sur LEUR vie et cela distrait le chagrin. Le travail a lui aussi de l'obligeance. Il occupe et il harasse. Quand venait la nuit, je dormais. Aucune énergie pour la mélancolie. Se lever, travailler, manger, dormir. Une putain de thérapie.
Et puis il a fallu revenir.
Le chant des oiseaux est remplacé par le moteur des voitures, 30 degrés se sont enfuis de la soute de l'avion, les éléphants sont désormais des bus sans charme, les impalas des dames à talons bruyants sur le macadam des trottoirs gris, le 4X4 n'a plus que deux roues et sillonne le périph' en lieu et place de la savane. Le soleil est terne et ne passe plus par le nord. Les gens ont changé. Ils sont blafards et se cachent sous de multiples épaisseurs. Où sont passées les peaux nues et tannées ? Elles sont restées là-bas et moi je suis rentrée. Mon spleen correctement récupéré sur le carrousel n°8 du terminal 2 de l'aéroport CDG reprend le dessus, comme le froid emplit mes os.

jeudi 5 janvier 2017

POLYTECHNIQUE




Proposition d'écriture : Récit d'assassinats, en de multiples fragments.

Je suis assis dans le bureau d'enregistrement de Polytechnique. Je voulais être ingénieur et ces putes m'ont volé cela. Je suis décidé à les exterminer. Je marche dans les couloirs du deuxième étage et j'entre dans une classe. Elles sont ici neuf à s'être appropriées ma place. Je fais taire le professeur. "Les femmes à gauche, les hommes à droite." Pas de réaction ni des uns et encore moins de ces salopes. Je tire au plafond pour que l'on comprenne ce que je suis. "Les femmes à gauche, les hommes à droite." Je regarde ces neuf putes. Et congédie les hommes. "Vous savez pourquoi vous êtes là ? - Non." Menteuse. "Je combats le féminisme. - Ecoutez, nous sommes juste des femmes étudiant l'ingénierie, pas forcément des féministes prêtes à marcher dans les rues criant que nous sommes contre les hommes. Juste des étudiantes cherchant à mener une vie normale." Menteuses. "Vous êtes des femmes, vous allez devenir ingénieures. Vous n'êtes toutes qu'un tas de féministes. Je hais les féministes."
UN - Je te tue parce que tu es une pute.
DEUX - Je te tue parce que tu es une salope.
TROIS - Je te tue parce que tu es une menteuse.
QUATRE - Je te tue parce que tu es une usurpatrice.
CINQ - Je te tue parce que tu es illégitime.
SIX - Je te tue parce que tu es nuisible.
SEPT- Je te tue parce que tu es néfaste.
HUIT - Je te tue parce que tu es une parasite.
NEUF - Je te tue parce pour que jamais tu ne sois ingénieure.
Une balle de Ruger pour chacune de ces neuf putes. "Merde !" De la merde, voilà ce qu'elles sont, voilà dans quoi nous fourre ce gouvernent pro-féministe. Je sors de la classe pour débusquer d'autres salopes. Il n'y a que des hommes qui tentent de fuir.
DIX - Je te tue parce que tu acceptes la merde.
ONZE - Je te tue parce que tu t'accommodes de la merde.
DOUZE - Je te tue parce que tu cautionnes la merde.
Les complices des imposteures méritent eux aussi de crever. Une pute se cache.
TREIZE - Je te tue parce que je t'ai trouvée.
Je recharge mon Ruger et continue la chasse. Elles m'ont entendu et elles se planquent. Je défonce des portes, déniche leurs acolytes et les abats. Faute de buter une nouvelle pute.
QUATORZE - Je te tue parce que tu admets des salopes dans ta classe.
QUINZE - Je te tue parce que tu essaies de m'échapper.
Je descends à la cafétéria. Elles s'y terrent tous. Elles sont piégées. Je les tire comme des lapins. Elles ont si peur qu'elles font le mort.
SEIZE - Je te tue parce que tu es une simulatrice.
DIX-SEPT - Je te tue parce que tu ne cours pas assez vite.
J'entre dans une remise et repère deux salopes dégueulasses qui chouinent. 
DIX-HUIT - Je te tue parce que tu es faible.
DIX-NEUF - Je te tue parce que tu es fourbe.
J'en entends d'autres sous une table. "Montrez-vous." Ils s'extirpent. je les laisse partir. Il n'y a pas de pute avec eux. Je monte par l'escalator pour nettoyer le troisième étage.
VINGT - Je te tue parce que tu es perverse.
VINGT ET UN - Je te tue parce que tu es corrompu.
VINGT-DEUX - Je te tue parce que tu es obséquieux.
J'entre dans une classe. Ils font comme si de rien, continuent leur simulacre de société exemplaire.
VINGT-TROIS - Je te tue parce que tu es sur cette estrade, sur mon estrade.
VINGT-QUATRE - Je te tue parce que tu as droit à des connaissances, pas moi.
VINGT-CINQ - Je te tue parce que tu es là.
VINGT-SIX - Je te tue parce que moi non.
Je vous tue toutes parce que je vous hais, sales féministes. Je vous tue. C'est moi qui vous tue. "Je t'en supplie, aide-moi." Cette pute n'est pas morte. Je ne l'aide pas. Je sors mon couteau de chasse.
VINGT-SEPT - Je te tue. Encore. Encore. Encore. Parce que tu es une femme.
Je regarde le sang vicié s'écouler lentement de la pute salope féministe. Il s'étend autour d'elle et montre au monde sa vraie nature. Putride. Déliquescente. Perfide. Le monde sait désormais ce qu'elles sont toutes. C'est achevé. Il me reste soixante balles. Inutiles.
VINGT-HUIT - Je me tue d'une balle dans la tête parce que je suis venu aujourd'hui à Polytechnique pour cela, aussi.


Sur la tuerie de l'école Polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989 :

vendredi 13 mai 2016

MAINTENANT, JE SAIS

Depuis un certain nombre d'années je me demande POURQUOI ça :


Cette abomination qui donne à la silhouette humaine celle de l'après-skieur perpétuel en alliant inélégance et démarche flasque. L'affaissement de la godasse entraîne quasi instantanément l'affaissement du corps lui-même. Le uggé, enfin la uggée, sombre dans une léthargie de plantigrade urbain. Les cerveaux embrumés par les écrans ont enfin trouvé chaussure à leur pied et la ville se romérise. J'ai presque peur d'être mordue au supermarché.
Qu'a-t-il bien pu se passer dans les esprits de mes congénères lors du choix et surtout de l'achat - putain ça coûte 150 balles !!! - de ces monstruosités ? Et pire encore, devant leur succès invraissemblable, dans ceux des acteurs de la copie et de la contrefaçon pour en produire des accessibles à toutes les bourses ?
Et puis je les ai vues. Ces mères à peine sorties du lit, non coiffées, les yeux collés de sommeil, un gros manteau pour couvrir leur pyjama et chaussées de UGG dans ce flot matinal où entre 8h35 et 8h45 toutes convergent avec leur progéniture vers un point précis : l'école. Toutes ont un pas rapide et tirent leur môme barbouillé de chocolat et les mains collantes de confiture. Avec les mêmes phrases entendues sur les trottoirs : "on se dépêche", "ferme ton manteau", "on est en retard", "tu t'es brossé les dents ?", "vite !", "t'as bien fini tes devoirs ?"... 
Je fais partie de cette migration quotidienne une semaine sur deux. En fonction de mon emploi du temps je suis toute pimpante prête à affronter ma journée de travail ou bien les jours chômés comme elles : en transit avant un retour dans mon lit. 
Alors oui, je comprends désormais POURQUOI. Parce que la UGG c'est ne pas sortir de son lit vraiment. Garder aux pieds la chaleur et le moelleux de sa couche. Rester somnolente du pied pour, une fois son devoir accompli, rêver une petite heure de plus.

jeudi 22 octobre 2015

LE CADAVRE EXQUIS DE DOMINIQUE A

Dominique A serait-il en mal d'inspiration ?
Il nous propose pour sa prochaine chanson un cadavre exquis sur trois semaines. Moi je l'aime mon Dom' alors il me faut l'aider ! Voilà ma proposition pour cette première semaine.

Dans la courbe d'un tunnel, elle s'est engoufrée la bouche parée de rouge, les yeux assombris de khôl en quête de fièvre.
Le claquement des talons pressés sur le pavé cadence les battements d'un coeur audacieux.
Elle fuit la lumière, elle poursuit l'obscurité.
Elle s'échappe au présent et aspire à l'au delà.

Vivement mardi pour la suite.
Bisous Dom' Dom'

mercredi 23 septembre 2015

PETIT BONHEUR DU QUOTIDIEN N°25


Sécher le travail (bah oui on m'a diagnostiquée "epuisée"... N'importe quoi !) et se faire servir le petit déjeuner au lit. Y passer la journée.

mercredi 16 septembre 2015

L'AUDONIENNE A LU OU ENTENDU N°1


" Je sais que ce n'est pas bien de perdre son emploi, mais pour moi ça a été une délivrance " Ex Lejaby novembre 2011 dans Les Pieds sur Terre - France Culture

dimanche 23 août 2015

FAIRE LE TRAVAIL QU'ON AIME


S'être toujours dit : "Moi le travail, c'est ALIMENTAIRE. Cela sert juste à payer le loyer et les vacances. Le plaisir, c'est ailleurs. Parce que si c'est rémunéré, ça ne peut pas être authentique car vicié par l'enjeu matériel." 
Se rendre compte quand le reste n'est pas génial, que la plénitude du métier ça peut aider. Se sortir les doigts du cul (oui oui je suis grossière mais vu ma feignasserie, il fallait) et faire un beau dossier AFDAS. Obtenir sa formation mais se voir obligée d'y renoncer faute de participants financés. En faire un autre avec un objectif à terme très précis : changer de métier. Ne plus être sous exploitée dans un truc mémère et surtout ne plus me mentir. Moi ce que j'aime, c'est le théâtre et l'audiovisuel. Recommencer à 33 ans donc pour filmer du théâtre. Obtenir sa formation. Semer de ci de là des cailloux pour rentrer dans le monde si fermé des scriptes en captation de spectacle vivant. Laisser tomber ce qui n'était pas génial dans sa vie non professionnelle. Attendre un peu. Douter. Continuer à cultiver. Avoir de la chance. Recevoir un coup de téléphone pour aller scripter une pièce au Théâtre du Peuple. Y aller. Voir le fond de scène s'ouvrir sur la forêt vosgienne et l'avoir topé. Assumer de s'être trompée tout ce temps, se dire que le travail ce n'est pas qu'alimentaire. Être heureuse. Vouloir que cela continue pour enfin récolter.

lundi 10 août 2015

PETIT BONHEUR DU QUOTIDIEN N°24


Déserter le restaurant d'entreprise pour déjeuner au pied d'une oeuvre d'art.

jeudi 30 juillet 2015

PETIT BONHEUR DU QUOTIDIEN N°23



Se laisser pousser par Archimède entre midi et deux. Oublier l'odeur du chlore et penser à l'océan.

mercredi 29 juillet 2015

PARIS


Paris, je t'ai choisie (enfin c'est ce que je veux encore croire) et désormais je suis ta prisonnière. Tu es devenue le parent préféré avec qui on est obligé de vivre. Et tout ce que j'aimais en toi commence à pourrir. Tu ne foisonnes pas, tu grouilles. Tu accueilles pléthore de riches touristes, mais exclus tes pauvres. Tu refuses le bruit de la fête, mais acceptes le beuglement du trafic. Tu remplis tes berges de sable un mois par an, mais interdis tes pelouses aux flâneurs. Tu proposes de la culture à toute heure, mais tes restaurants ne servent plus après 23h. Réveille-toi Paris. Ta banlieue est déjà debout alors qu'elle est unijambiste. Tu n'es pas immense, tu es minuscule. 
Et moi condamnée.
Je t'aime autant que je te déteste.

jeudi 2 juillet 2015

QUESTION EXISTENCIELLE EN MUSIQUE N°9


Voilà, c'est fini

Depuis toute petite, je déteste ça : la fin. La fin de l'année scolaire, la fin de l'école primaire, la fin du collège, la fin du lycée, la fin de la colonie de vacances, la fin de la saison de théâtre, de chorale, de sport - non pour le sport je déconne - la fin de la tournée, la fin de la représentation, la fin de la soirée. Il faut alors se dire au revoir, se promettre de ne pas se perdre. Mais tout en les prononçant, tout en les pensant sincèrement, on sait pertinement que ces mots sont fallacieux. Les animateurs qui mettent en dernière chanson de la dernière boom Voilà, c'est fini de Jean Louis Aubert ont raison : c'est fini. Et quand bien même on se revoit de temps à autre, ce n'est plus pareil. On rit de ce qu'on vivait ensemble et non pas d'aujourd'hui. Nous ne sommes plus à l'école, le spectacle est terminé. 
Je ne suis plus écolière mais travailleuse et l'affliction m'étreind lorsque je quitte un emploi ou, bien plus souvent, quand c'est lui qui se sépare de moi. Une chaîne de télévision cesse d'émettre et je me retrouve orpheline de mes collègues, ces gens non choisis, rencontrés grâce au besoin impérieux de payer son loyer. Au fil du temps la nostalgie s'installe. La pire des chefs devient touchante. Les heures dans les métros bondés de la ligne 13, des aventures palpitantes. Une tâche quotidienne ennuyeuse à se pendre, une expérience unique sans laquelle ma carrière - et mes heures - n'auraient pas décollé. Toute cette réalité est revisitée par le prisme de la mémoire et accouche de souvenirs, ces mensonges qui me sont si précieux. Je ne m'abîme pas de regrets. Et pourtant... il m'est toujours douloureux d'achever.

Saurais-je un jour ne pas laisser la mélancolie m'envahir à chaque fin ?

lundi 29 juin 2015

dimanche 21 juin 2015

CINQUE TERRE


Rentrer tard d'Italie et se laisser glisser sous une douche. Goûter l'eau salée de la Méditerranée qui s'écoule de ses cheveux. Revivre en quelques minutes le soleil, la chaleur, les pâtes au pesto, les sentiers, les couleurs, la fraîcheur de la mer, les matinées lézardées, les volets entrouverts, la peau de l'autre, les cris des femmes, le balcon qui surplombe le village, les citronniers, les baisers donnés, les terrasses escarpées, le vin, le train en retard, l'amour...
Rester un peu trop longtemps sous l'eau pour faire durer la réminiscence.

vendredi 22 mai 2015

LA BOULE


Ne pas réussir à exterminer cette boule qui s'insère insidieusement dans sa poitrine. Parce que tout va bien. La sentir grandir sans crier gare. Parce que tout va bien. L'autoriser à saper une journée. Parce que tout va bien. Puis deux. Parce que tout va bien. Se laisser aller à la lassitude. Ecouter de la musique déprimante au travail. Ne trouver du goût à rien. Parce que tout ne va pas bien. Quoi ? Ne pas savoir. Pleurer pour dissoudre la boule. Parce que tout va bien.  Et repartir comme si de rien n'était.

mardi 19 mai 2015

BREAKING BAD


J'avoue, je n'ai pas vu la fin de Breaking Bad. Si j'avais suivi les deux premières saisons sur Arte il y a bien longtemps, j'ai laissé filer. Pourquoi ? La vie, tiens ! Et la légende s'est construite autour d'Heisenberg sans que j'y jette ne serait-ce qu'un coup d'oeil. Alors que la série s'est achevée il y a presque 2 ans, je suis parvenue - je me demande encore comment - à ne rien savoir du dénouement. Sauf qu'il "défonce", que "c'est une tuerie" (ah ouais une tuerie ? Tu ne me spoiles pas un peu là ?), que c'est une des meilleures fins de série (parce que Dexter au secours, ne parlons pas de How I Met Your Mother - oui je sais ce n'est pas une série ! - et que s'est-il passé dans Lost ?). Bref, il me fallait pour ma vie sociale remédier à ce problème. Alors depuis quelques semaines, j'enchaîne. J'ai repris la série depuis le début et passé le déja-vu, je suis retombée dedans. Dans quoi ? Dans une putain de série noire, sur la maladie, l'argent, la drogue, mais surtout la famille. 
Il ne me reste que l'ultime épisode à regarder. Et c'est terrible. J'ai vraiment TRÈS envie de le voir et aussi TRÈS envie de faire durer les choses. Je suis à 55 minutes de quitter Mister White et Jesse Pinkman. Je veux que ce salaud d'Heisenberg crève, je veux que Jesse trouve enfin la paix, je veux que Saul coupe sa mèche, je veux que Skyler essaie la drogue pour se détendre un peu, je veux que Walter Flynn Junior tabasse à mort Todd et ses potes avec ses béquilles, je veux que Mary sorte le balai de son cul, je veux, je veux, je veux... que ça ne s'arrête pas.
Jusqu'où Docteur Heisenberg / Mister White ira-t-il dans son désir de vivre ? Il a déjà perdu son âme, cela vaut-il alors le coup ?
Il va me falloir trouver 55 minutes pour avoir la réponse et quelque temps pour m'en remettre.

jeudi 30 avril 2015

LES IMPÔTS



Devoir, parce que la vie n'est pas qu'une partie de plaisir, appeler le service des impôts. Retarder ce moment. Et puis stopper net sa procrastination. Composer le 08 10 46 76 87 et s'entendre dire par une voix de femme enregistrée - la même que Pole Emploi, du service clients de Véolia, du service réservation d'UGC, d'Air France... - que nous sommes en position 10. Position de quoi ? Ne pas chercher à savoir et puis se dire que le cynisme n'est pas de mise et attendre calmement son tour "entre 1 et 100 minutes". Passer en un cycle de répondeur de la position 10 à la position 2  et apprendre non sans jubilation que l'attente est ré-estimée "entre 1 et 2 minutes". Entendre une sonnerie, deux, trois et à la quatrième quelqu'un répond et demande en quoi il peut aider.

ÉTAPE 1 OK

Débuter sa longue explication en suivant son petit bout de papier soigneusement préparé pour ne rien oublier. Et là, entendre " Vous vous séparez ? Mais c'est pas bien ça ! Il n'y a pas moyen de se réconcilier quand même ?"

ÉTAPE 2 COMPROMISE

Perdre le fil de son petit papier et bafouiller : 
"Heu non pas vraiment... Je vous appelle pour...
- Et vous revoir pour manger un kébab ? Il n'y a vraiment plus d'espoir, c'est fini, fini ?"
Arrêter toute forme de pensée consciente quelques instants sur la possibilité de manger un kébab avec l'homme aux chaussures rouges et éclater d'un rire aussi pathétique qu'intérieur. Revenir au moment présent et faire un choix : ne pas dire ce que l'on pense de ces conneries, prendre sur soi parce que notre mission est simple : remplir cette saloperie de déclaration. L'éducation des connards ce sera pour demain... Reprendre donc :
"Oui oui c'est fini fini. Justement, comme je n'ai jamais rempli de déclaration seule, j'aimerais savoir comment ça se passe.
- Ha ben ça c'est bien les femmes ! Laisser ce genre de choses à l'homme et quand on doit s'en occuper y a plus personne !

ÉTAPE 2 SÉRIEUSEMENT COMPROMISE

Répliquer par un cinglant :
- Bon écoute espèce de sombre merde, quand on doit faire la lessive, la vaisselle, le ménage, aller chercher les mômes à l'école, leur acheter des vêtements, des chaussures, des fournitures scolaires, des cadeaux d'anniversaire, de Noël, la même pour les camarades d'école, faire le gâteau pour la kermesse, payer la cantine, le centre aéré, les cours de musique, la crèche, les cours de natation, le stage de voile, assister aux concerts de chorale, aux spectacles de fin d'année à l'école en faisant semblant d'aimer ça, s'assurer des paiements du gaz, de l'électricité, des charges de copro, de l'entretien de la chaudière, des multiples abonnements TV, internet, téléphone, booker la baby sitter, les vacances, faire des kilomètres en bus, trottinette, métro, voiture scooter et autres putain de milliards de choses en plus de bosser, je ne sais pas comment te dire résidu de balai à chiottes, que ça c'est bien les hommes mais il n'y a jamais personne. Alors tu fermes ton dégueuli à préjugés misogynes et tu réponds sans commentaire à mes questions comme c'est je crois ton travail."
Mais en fait non. Parce que malgré notre volonté à s'affirmer on reste coi devant autant de stupidité. Opposer la fin aux moyens et répondre: 
" Oui on peut dire ça... - s'en vouloir à mort de cette réponse.
- Alors on va faire en sorte de faire quelque chose pour vous."

ÉTAPE 2 EN COURS DE RÉTABLISSEMENT

Laisser le paon à l'autre bout du fil nous "sauver la vie" et recueillir les informations précieuses : son numéro fiscal, les éléments de la déclaration pré-remplie... Quand soudain :
" Ah parce qu'en plus vous avez 2 enfants ? Et vous les laissez comme ça ? Quel âge ?
- 4 et 10 ans.
- Ca c'est pas bien, pas bien du tout !"
Hurler en silence mais de tout son être : " DE QUEL DROIT TU ME JUGES ??? JE TE HAIS, LE MEC DES IMPÔTS ! JE TE HAIS TOI ET TOUS CEUX QUI SAVENT MIEUX QUE MOI COMMENT VIVRE MA VIE, ALORS TA GUEULE ! VAS-TU ENFIN FERMER TA GUEULE ?"
- Justement, au niveau des réductions d'impôts pour les frais de garde, je mets le montant dans quelle case ? Parce que je ne voudrais pas me tromper."
Continuer coûte que coûte au lieu de l'insulter. Surtout si proche du but.

ÉTAPE 2 PRESQUE ACHEVÉE 

Rester calme. Noter la fin des informations nécessaires. S'assurer que tout ce qui a été noté sur le bout de papier est rayé. Lancer l'impression des formulaires. Souffler.

ÉTAPE 2 OK

Dire merci - mais quelle conne !!!! Et pour terminer en beauté l'appel, ne rien dire d'autre qu'au revoir quand le connard a l'outrecuidance après ses propos de nous draguer sans vergogne. Se sentir limite minable après avoir raccroché. Ranger ses papiers et reprendre le cours de sa vie comme on l'entend.